Humidité d’une chape : mesurer avant le revêtement

Oui : avant de poser un revêtement résilient, un parquet ou des dalles sensibles à l’humidité, les documents Buildwise/CSTC demandent de mesurer l’humidité résiduelle de la chape. Pour les revêtements résilients, le CSTC écrit dans CSTC-Contact 2017/4 : « il est essentiel de réaliser des mesures correctes du taux d’humidité au préalable, car un support trop humide entraîne toujours des dégradations du revêtement de sol ». Dans les documents Buildwise sur le parquet, les seuils sont donnés en pourcentage en masse, mesuré à la bombe à carbure ; ils ne sont pas uniques (voir le tableau plus bas).

Pourquoi on mesure avant la pose

Dans Les Dossiers du CSTC 2010/3, les auteurs notent que les calendriers de construction de plus en plus serrés conduisent souvent à limiter les délais de pose des finitions et donc le temps de séchage des chapes. Ils ajoutent qu’une teneur excessive en eau résiduelle constitue, dans bien des cas, une source de dégâts pour des finitions telles que les revêtements de sol souples, les parquets ou les revêtements résineux.

Pour le parquet, le guide pratique de Buildwise à destination des menuisiers décrit le risque : si vous posez trop rapidement le parquet, il peut se déformer (tuilage, fissures, décollement). Pour pouvoir le coller, le taux d’humidité de la chape doit se situer en dessous d’un certain seuil.

Le CSTC signale aussi que les chapes fluides à base de sulfate de calcium sont, par nature, plus sensibles à l’humidité que les chapes à base de ciment. Si le parachèvement est effectué trop tôt, ou si la chape est à nouveau humidifiée après ces travaux (humidité ascensionnelle, humidité de construction ou infiltrations, par exemple), le risque de problèmes d’adhérence du revêtement est, selon lui, particulièrement élevé.

Comment l’humidité d’une chape se mesure

Dans une recherche prénormative du CSTC (Les Dossiers du CSTC 2010/3), plusieurs techniques de mesure d’humidité ont été étudiées et comparées ; l’efficacité et la fiabilité de certaines d’entre elles devaient encore être corroborées. Parmi les techniques décrites :

  • la mesure gravimétrique : technique fiable et précise, à condition de disposer d’un échantillon représentatif ;
  • la bombe à carbure : la teneur en eau d’un échantillon de chape se déduit de la pression d’un gaz (acétylène) issu de la réaction entre l’eau de l’échantillon et le carbure de calcium ;
  • la sonde hygrométrique : une sonde de faible diamètre est introduite dans une cavité forée dans la chape, et l’humidité relative est mesurée à l’intérieur de la cavité après obturation et stabilisation ;
  • le capteur capacitif : vu le gradient d’humidité dans la chape, seule la mesure en profondeur est utile dans le cas étudié, et la méthode est souvent combinée à une mesure destructive.

Le cahier des charges type de la Région wallonne (CCTB, article 03.41.1a) décrit la bombe à carbure : un échantillon de matériau humide de 5 à 20 g est prélevé dans la zone étudiée, par forage lent ou par burinage, à une profondeur de 5 à 8 cm (indication générale pour le matériau), puis broyé et introduit dans un récipient calibré muni d’un manomètre. Pour les chapes, la méthode de mesure à la bombe à carbure respecte celle décrite dans les NIT 189 et NIT 252 ; la méthode gravitationnelle prévoit un prélèvement sur 5 cm de profondeur. Le même article indique que les essais gravitationnels, qui nécessitent un prélèvement, donnent une valeur plus précise, et que les mesures par résistance ou par capacité sont influencées par la teneur en sels, la densité du matériau et la présence d’éléments métalliques (canalisations, films d’aluminium ou de plomb).

Dans une FAQ sur les revêtements résilients (CSTC-Contact 2017/4), des hygromètres électriques fournissent des mesures indicatives. Le CSTC juge ensuite indispensable d’effectuer une ou plusieurs mesures complémentaires à la bombe à carbure, par exemple à l’endroit où l’hygromètre a relevé l’humidité la plus élevée, dans les coins des pièces mal ventilées ou à proximité d’une façade fortement exposée aux pluies.

Pour un parquet, CSTC-Contact n° 81 (2022) précise que la mesure se fait en partie inférieure de la chape, au moyen de la bombe au carbure. Dans le CCTB, les constatations visuelles ou tactiles doivent être consignées et jointes au document de mesure.

Les seuils publiés : qui dit quoi, et quand

Source (année)ChapeRevêtement ou conditionValeur
Buildwise, guide menuiserie (PDF sans date imprimée)Ciment, sans chauffage par le solParquet ; bombe à carbure2,5 % en masse maximum
Buildwise, guide menuiserieCiment, avec chauffage par le solParquet ; bombe à carbure1,8 % en masse maximum
Buildwise, guide menuiserieAnhydrite, avec ou sans chauffageParquet ; bombe à carbure0,5 % en masse maximum
CSTC-Contact n° 81 (2022)Chape sous parquet sur chauffage par le solMesure en partie inférieure, bombe au carbure1,8 % en masse
Buildwise, FAQCiment, non chaufféeParquet ; bombe à carbure2,5 % en masse maximum
CSTC-Contact 2012/2Ciment, sol chaufféDalles sensibles à l’humidité (certaines pierres naturelles) : pose conseillée une fois descendu à cette valeur2 % en masse
CSTC-Contact 2012/2Anhydrite, sol chaufféQuelle que soit la nature du revêtement0,3 % en masse
CSTC-Contact 2017/4Chape fluide au sulfate de calciumColle à carrelage à base de plâtre, selon les prescriptions des fabricants de collesgénéralement 1 % au lieu de 0,5 % (NIT 237)
Vasco, brochure technique 2023 (un seul fabricant)CimentSéchage ± 1 semaine/cmmax. 2,5 cm-%
Vasco, brochure technique 2023AnhydriteSéchage 6-8 semaines< 0,3 cm-%

Ce que le tableau ne permet pas de conclure

Les lignes ne se comparent pas une à une : elles ne visent pas le même revêtement, ne datent pas de la même année et n’émanent pas du même type de document. Pour une chape à l’anhydrite, l’article de 2012 cite 0,3 % en masse quelle que soit la nature du revêtement, alors que le guide de Buildwise pour les menuisiers donne 0,5 % pour un parquet. Les deux valeurs figurent dans les documents cités ; ces documents n’expliquent pas l’écart. CSTC-Contact n° 81 ne précise pas le type de chape.

Vasco exprime ses valeurs en cm-%, alors que les documents de Buildwise parlent de pourcentage en masse ; les deux notations ne sont pas rapprochées ici. Pour une colle à carrelage à base de plâtre, le CSTC indique que la fiche technique de la colle doit pouvoir renseigner sur la valeur admise. Dans le même article, consacré aux chapes fluides à base de sulfate de calcium, le CSTC indique qu’il faut veiller à ce que la chape reste sèche une fois les mesures effectuées, et que les valeurs seuils varient en fonction du type de matériau de parachèvement.

Parmi les documents consultés, aucun ne donne de valeur propre à un revêtement souple ou textile posé sur une chape chauffée ; CSTC-Contact 2012/2 cite 0,3 % en masse pour une chape à l’anhydrite, « quelle que soit la nature du revêtement ».

Séchage, mise en chauffe et mesure

Le CSTC (2012) note que, lors de la mise en service du chauffage par le sol, un peu d’humidité résiduelle peut encore migrer vers la surface d’évaporation. Pour une chape à séchage rapide, le guide de Buildwise juge indispensable de contrôler le taux d’humidité avant la pose du parquet et de suivre à la lettre le protocole relatif au chauffage par le sol.

Sources